L'être miroitant

On croit voir quelqu'un là où il n'est pas. Parfois parce que nous même nous ne sommes pas là où l'on semble l'être. Et puis vice-versa.

Vice-versa des millions de fois. Des centaines de sourires qui n'ont pas été ajustés à leur propre millimètre, un mot de plus, de trop, à la virgule chevrotante. Les êtres sont imparfaits, c'est aussi vrai du corps que de l'esprit. L'imperfection du contrôle ou l'imperfection même dans ce qui n'est pas contrôlé, crée une aura floue et insaisissable autour de l'être. On croit voir soudain où l'être se trouve et soudain sa nature n'est plus telle qu'on se la figurait. Elle montre une autre façade. Légèrement à gauche, à droite, d'un millimètre à peine, d'un bon mètre plus loin quelle surprise !

On doit bien faire avec ce qui n'est pas déterministe. A moins de faire un gros sac qui engloberait tout ce qu'on trouve chez l'être (on trouverait alors ce qui n'a rien à voir, c'est le soucis avec les généralités), il est nécessaire d'admettre que l'être n'est pas connu à sa place. L'être est vu dans ce qu'il est susceptible d'être. Une susceptibilité dangereuse, qui ne doit pas être poussée plus loin que le bout de la réalité tangible et (je m'égare peut-être ?) reproductible, dont la méfiance ceci dit a toute son importance.

Etre surpris d'un être ce n'est pas renoncer à sa rencontre, c'est le voir encore un petit mieux dans son faisceau des possibles. Se voir changer, c'est l'acceptation d'un soi clignotant, plus ou moins net, qui attendait son heure pour s'éclairer et éclairer d'une lumière neuve ce qui, la conséquence était immédiate, à l'instant donné ne parait plus.

L'être n'est pourtant pas inscrit dans un destin. La réalité se délite doucement le temps s'écoulant, la logique apparait a posteriori, dans un référentiel égocentrique. Si c'était à refaire, cela aurait pu être tout aussi différent qu'identique. Non pas parce que le sens cherche encore meilleur compagnon, ni parce qu'il semble convaincu par le résultat, la réalité n'a de réalité que parce qu'on la regarde. L'ensemble des possibles se rit bien nous. Le sens est créé à partir d'un idéal. Et d'idéal, l'univers à son échelle ne semble pas en connaître.

Ceci dit, l'être a bel et bien une nature. Prévisible selon l'échelle (le tout est de ne pas les confondre), voyez rien qu'un peu comme chacun se meut vers la mort, non déterministe certes surtout limité dans l'action et la pensée. Être prévisible qui tend à l'être de moins en moins, qui s'attache à son sens (Sens, rappelons-le, qui n'existe que dans ce qui fut observé à l'origine du présent, tout aussi relative. Il n'y a rien de scientifique à tout ça. Ne leur en tenons pas rigueur.), qui oublie qu'il n'est toujours pas là il croit voir l'autre. Et vice-versa.
Bref : l'être est catégoriquement interférant.

aucune vie racontée :(

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