Est-il possible de mourir ?

« Il faut bien mourir de quelque chose ! », non, il ne faut pas. Il est vain de croire que l'on peut choisir sa mort. Il l'est tout autant de tenir à la nécessité de la mort sans ne rien remettre en question.

La question de la mort n'est pas à négliger. La mort nous semble inévitable et les croyances vont bon train quant à sa nature. Nous pouvons classer ces mythologies selon le degré de complétude de la mort envisagée ainsi que selon l'attachement de l'âme au corps. Il y a les morts qui n'en finissent jamais comme celles du paradis. A l'opposée, certains comptent sur la mort accomplie, celle qui clôt définitivement ce qui était, quitte à remettre l'histoire à zéro pour une prochaine fois. La mort cristallise nos croyances sur le couple corps-âme. Soit l'un et l'autre font équipe et alors la fin de l'un implique nécessairement une fin pour l'autre, soit l'un —généralement l'âme— abandonne sans remords l'autre pour poursuivre son destin sur Terre ou sur un astre spirituel (tandis que l'autre disparait, on ne sait où).

Quoi qu'il en soit, parce qu'on l'a observée de nombreuses fois dans notre vie, la mort parait inévitable. Non, jamais l'on n’a entendu parler de quelqu'un qui n'était jamais mort ! C'est oublier alors tous ceux qui, aujourd'hui encore, vivent. Oubli dû en grande partie au fait que la mort d'un être résonne considérablement sur notre Psychée.

Sur le principe, la grande majorité des êtres est dorénavant morte. C'est supposer qu'elle a pu seulement mourir. Or, d'une, la majorité n'a pas toujours raison. De deux, il ne suffit pas d'observer pour comprendre. De trois, il ne suffit pas non plus de croire pour savoir. La mort, oui même elle, du haut de son trône fait d'inéluctable, peut être remise en question.

Il n'est certainement pas possible de mourir. Vous ne l'êtes pas et je ne le suis pas. Nous n'avons encore jamais réussi à mourir. Peut-être parce que nous ne le voulons pas, peut-être aussi parce que nous n'en sommes pas capables, peut-être encore parce que cela ne servirait à rien. Et si cela nous arrive, si la mort parvient un jour à nous toucher, alors seuls les vivants crieront victoire à notre place. Dans ce cas, même si nous n'étions pas véritablement morts, personne ne le saurait.

Surtout du côté des vivants. Enfin, absolument personne dès lors qu'on exclut les morts qui ne le sont du fait pas. À moins qu'ils aient, contrairement à nous, réussi à mourir. Il faudrait ainsi qu'un “mort” puisse mourir. Si la mort se doit d'être ponctuelle, ceci devient totalement absurde. Il en résulte que personne ne peut statuer sur la réalité de la mort. Depuis le temps que la vie existe, prenant en compte l'espérance de vie communément observée sur Terre, nous pouvons sans mal conclure qu'il n'est plus possible de mourir, une fois vivant, d'une mort ponctuelle.

Tandis que si la mort est considérée graduelle, les morts, même eux, peuvent encore mourir. Ils pourraient possiblement réfléchir à notre supposée mort, contrairement aux vivants dont le regard s'arrête inévitablement à la surface de l'eau-delà. Seuls les morts ont la capacité d'affirmer la mort d'un autre être, seuls les morts peuvent en fait croire à son existence. Les vivants n'ont pas cette chance. De morts, de cette mort graduelle, il en existe alors certainement des vivants.

aucune vie racontée :(

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